Costa-Gavras, A.Lamy, Huster-Weber, Labro

Publié le par Audrey CRESPO-MARA

« Eden à l’Ouest » de COSTA-GAVRAS, avec Riccardo Scamarcio

Tel un Ulysse des temps modernes, Elias, émigré clandestin, traverse la mer Egée, côtoie le paradis,  l’enfer (la rue, l’exploitation…) et rejoint enfin Paris.

Son bonjour et son sourire ce matin-là en coulisses en disent long sur sa simplicité... Le brillant Costa-Gavras, réalisateur engagé très primé, vient nous parler de son « Eden à l’Ouest », où il raconte avec beaucoup d’humanité une odyssée : le parcours d’un immigré quittant son pays et traversant la mer pour un monde meilleur. Lui, Costa-Gavras, le Grec qui a immigré à Paris en 1956, réalise son film le plus intime.  

Dans les premières scènes, on se croirait dans un documentaire… Images de clandestins entassés sur un cargo… Notre héros, Elias, fait naufrage sur une plage, elle borde un hôtel luxueux pour touristes européens. Elias, effrayé, se confronte à un monde inconnu, dont il ignore les codes… Dans son odyssée, il croisera des gens plus ou moins tolérants, généreux. « L’Immigration est un révélateur de nous-mêmes » nous dit Costa-Gavras.

Annie Duperey a une très belle scène dans le film. Tout est dit ! Elle amène Elias chez elle, pour lui donner une veste, mais le laisse sur le palier… « Voici la limite de chacun d’entre nous, de notre générosité », explique le réalisateur. Costa-Gavras évoque la négation de la dignité, l’humiliation perpétuelle des immigrés.

Le rêve d’Elias, c’est Paris… « Paris que chaque errant voit briller ». Il rencontre un magicien qui lui dit « Si tu viens à Paris, viens me voir » au Lido. Elias en rêve… Le film est aussi une fable, douce. Ce magicien, qui « apprend aux enfants à changer le monde » subjugue Elias toujours en fuite, victime de violences, angoisse permanente des contrôles de police…

L’acteur qui interprète Elias, l’Italien star en son pays, Riccardo Scamarcio, doit dire dix phrases en tout dans le film. Pas simple pour un rôle principal… Il ne comprend pas la langue, alors forcément ! Son jeu est subtile, digne des meilleurs acteurs du cinéma muet.

Le film fait écho à l’histoire de tous les immigrés de tous temps… « J’ai un immense respect pour un homme qui immigre, pour son courage » dit Costa-Gavras. Il leur rend hommage. « Eden à l’Ouest » a clôturé le Festival de Berlin le 15 février.

Qu’est-ce qui dans ce film fait écho à l’histoire du réalisateur ? Quand on lui demande s’il se sent français, Costa-Gavras répond : « c’est votre regard qui me le dit. Pour tous les immigrés, tout est dans le regard des autres »
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« Ricky » de François Ozon, avec Alexandra LAMY

Le film commence sur un plan très serré, on ne voit que son visage. Alexandra Lamy, Katie, une ouvrière à la chaîne, mère d’une petite fille et d’un bébé Ricky différent… Elle est assise, face à une assistante sociale, lui explique que seule, elle n’y arrive pas. Elle veut abandonner Ricky.

Alexandra Lamy est poignante, bouleversante. On se dit Ouah, quelle actrice ! On la savait drôle dans Un Gars et une fille, on la découvre dans un rôle sombre et profond. Elle, la comédienne qui a passé six ans au Conservatoire, avait sans doute envie de casser son image. C’est réussi !

« Ricky » est un conte fantastique, adapté d’une nouvelle de la romancière anglaise Rose Tremain. Un film fantastique, filmé de façon très réaliste. Dérangeant… On adhère ou pas, partagés entre rires et peur. Voir ces ailes percer dans le dos de l’enfant puis grandir tout au long du film, de l’aspect gore des petits moignons, aux ailes de poulet, et à celles d’un vautour… Ou comment accepter la différence, et l’envol de son enfant ? C’est également un drame social. Une femme seule avec ses enfants dans un HLM de banlieue, se levant tôt pour aller à l’usine… Ou l’« irruption du merveilleux dans une vie ordinaire »

Sergi Lopez joue le père de Ricky, inquiétant bonhomme… Saluons la performance d’une jeune actrice âgée de 9 ans. Mélusine Mayance interprète la fille de Katie. Elle est fantastique !

 

Philippe LABRO - « LES GENS » chez GALLIMARD

Quel honneur quand on est une jeune journaliste, d’interviewer Philippe Labro, un maître en journalisme… L’intervieweur interviewé… Objectif impératif : éviter la médiocrité (!). Entre Philippe Labro et Jean-François Rabilloud, j'étais des mieux entourées.

Dans son dernier roman, Philippe Labro raconte le monde d’aujourd’hui à travers le destin de trois personnages que rien ne devait a priori réunir mais qui vont pourtant se croiser. Trois vies dont le seul point commun est le manque d’amour…

Ces 3 vies sont celles de Maria, Caroline, et Marcus Marcus. Qui sont-ils ? Maria est une jeune orpheline d’origine polonaise, elle fuit ses parents adoptifs, ils ne lui ont jamais appris ce qu’est la tendresse. Après avoir été violée par son beau-père, elle n’a qu’une obsession : dissimuler sa beauté. Elle devient jeune fille au pair d’une famille riche de San Francisco. Caroline est une parisienne de 30 ans, une working girl française, elle vient de se faire plaquer d’une façon sinistre par son amant pour qui elle avait tout laissé. Marcus Marcus est un journaliste vedette de la télévision, égocentrique, redoutable intervieweur. Cette comédie humaine se déroule aujourd’hui à Paris et aux Etats-Unis.

L’auteur cite, au dos du livre, un philosophe chinois Mo-Tsu 400 ans avant JC : « Le sage doit rechercher le point de départ de tout désordre. Où ? Tout commence par le manque d’amour ». Le manque d’amour et la solitude… Nos trois personnages ont vécu une rupture violente. Ils ont une revanche à prendre. « Surmonter le pathétique pour laisser place à la fierté et à l’orgueil »

Philippe Labro fait un portrait de l’univers dans lequel on vit, le « monde de l’apparence » et « le besoin permanent de reconnaissance, le thymos, c’est ce qui motive le meilleur et le pire chez les hommes. A l’origine de toutes actions, guerrières, politiques, religieuses, économiques, on retrouve le thymos »

L’auteur écrit des pages très ironiques sur les dîners mondains et l’univers de la télévision qu’il connaît fort bien. « Un univers de paranoïaques, égomaniaques, schizophrènes, et hypocondriaques, bimboettes incultes et beaux gosses à gueule carrée et cervelle de moineau ». Ca, c’est dit !

Les héros de son roman sont des âmes fragiles pleines d’orgueils, et de vanités… Ils ont leurs faiblesses. Ils sont capables de rompre, de trahir, de tromper… Philippe Labro s’est beaucoup servi de ses carnets de notes. Il prend constamment des notes depuis l’âge de 15 ans. Et se souvient d’une phrase de Pierre Lazareff, son patron à France Soir à la fin des années 50 et son maître en journalisme, qui disait : « Je ne vois pas les hommes, montrez-les-moi, faîtes-les parler »

Philippe Labro n’écrira plus de livres autobiographiques, même s’ils étaient de fiction, sur sa jeunesse, son métier de journaliste, l’Amérique… En tout cas, il n’en a plus envie pour le moment…

 

Francis HUSTER et Jacques WEBER - « César, Fanny, Marius »

Une pièce d’après l’œuvre de Marcel Pagnol au Théâtre Antoine (Paris) - Adaptation et mise en scène Francis Huster. Et deux invités passionnants, l'un extraverti, l'autre plus secret...

C'est « l’histoire d’amour légendaire des Roméo et Juliette de Marseille ». La belle Fanny (Hafsia HERZI), la fille de la marchande de poisson du vieux port, et le beau Marius (Stanley WEBER), le fils de César, le cafetier du Bar de la Marine, que la vie va séparer…

Francis Huster voulait depuis longtemps adapter cette œuvre légendaire de Pagnol. Il est allé proposer le rôle de César, un grand cahier plein de notes, à son ami Jacques Weber. Pour l’interprétation de cette trilogie, tous les comédiens prennent l’accent marseillais. C’est plus ou moins réussi. Jacques WEBER est sensationnel en César… On oublie Raimu dès les premières secondes. Weber partage de belles et longues scènes avec son fils Stanley Weber, 22 ans (Marius tiraillé entre son amour pour Fanny et l’appel du large), il est épatant. On devrait vite entendre parler de lui !

Fanny c’est Hafsia Herzi, découverte dans la « La Graine et le Mulet ». Francis Huster l’avait déjà choisie pour son film avec JP. Belmondo « Un Homme et son chien », il l’a élue pour ce rôle. Un sacré défi, c’est son 1er grand rôle au théâtre. Elle s’en sort bien…

Pagnol... des mots simples pour parler de la complexité humaine, d’un drame social, humain… Une œuvre « locale » et universelle, qui n’a rien de folklorique. Et César (J.Weber) - Panisse (F.Huster)... une amitié de 40 ans, un peu Huster-Weber… Les deux comédiens se connaissent depuis l’adolescence. C’est passionnel entre eux. Jacques Weber le dit : « Que notre relation soit une éternelle trahison ou une éternelle fidélité, elle reste éternelle ». Francis Huster met actuellement en scène Jacques Weber, le dirige. Jacques Weber rêve aussi de l’inverse, mettre en scène Francis Huster… Affaire à suivre !

 

Publié dans blogjfrabilloud

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Nicolas 04/03/2009 11:19

Merci pour ton CR. J'ai moi aussi adoré Weber en César ! J'en parle là : http://dupanache.over-blog.org/article-28156145.html

cordialement

SEDAThttp://ann.over-blog.com/ajout-commentaire.php?ref=1477621&ref_article=25280795 16/02/2009 10:27

Bjr Audrey...!

Il était une fois,Eden à l'Ouest,les gens,Ricky,César,Fanny,Marius,des petits personnages de foi,qui se disaient,ce n'est pas toutes les fois que nous irons manger du foie dans la ville de foix..!

J'ai un livre de Philippe Labro (Titre:Le petit garçon),excellent,la bise,@+,Reynaldo.

JF-Rabilloud 16/02/2009 11:30


Merci Reynaldo !
ACM